24 juin 2022

MALI-Décret de fixation de la durée de la transition en avant sommet du 03  juillet, un pas dans l’inconnu ?

Apres une longue et impatiente attente des citoyens sur la durée de la transition. Elle est enfin fixée à 24 mois à compter du 26 mars 2022. C’est un décret signé par la présidence et la primature qui l’a annoncé ce lundi 6 juin 2022. Dans le même temps les autorités sont au four et au moulin des négociations pour trouver un délai consensuel de la transition avec les chefs d’état de la CEDEAO. La signature de ce décret en avant sommet du 3 juillet fixant la durée de la transition à 24 mois ne va-t-elle pas rendre les négociations musclées entre le Mali et la CEDEAO ?

La détermination du délai de la transition était une équation très délicate à résoudre pour les autorités de la transition. Depuis le début de la rectification de la transition le 24 mai 2021 avec un deuxième coup d’état, le sujet revenait dans les débats publics avec beaucoup d’insistance. D’une certitude que les autorités au pouvoir respecteront le premier délai (18 mois) fixé pour la transition, on est parvenu à un doute de prolongation qui planait. C’est dans ce contexte peu obscur, que les autorités ont renvoyé la question relative au rallongement de la transition aux Assises Nationales de la refondation en septembre dernier. Cet espace d’échange et de discussions publiques n’a pas aussi définitivement résolu la question. Les conclusions trébuchent entre 6 mois minima et 5 ans maxima. A la sortie de ces assises, dans la continuité des négociations pour un consensus plus large, les autorités transitoires ont tenté de proposer aux chefs d’état de la Cédéao un chronogramme des élections basé sur un délai de 5 ans de transition. Mais elles échouent mécaniquement à convaincre les chefs d’état des pays membres de la Cédéao qui ont perçu négativement ce chronogramme. Conséquence : les sanctions économiques et financières contre le Mali imposées par la communauté s’en suivent le 9 janvier. Aussi, les négociations entre les deux parties s’étaient temporairement mises à plat. Ce n’est que récemment que les choses ont recommencé a véritablement bougées avec le choix judicieux du président Togolais Faure Gnassingbé par le gouvernement comme nouveau négociateur. Ce choix mûri a permis de rapprocher les positions jusqu’à espérer la levée certaine des sanctions lors du sommet du samedi 4 juin à Accra. A la veille de  ce sommet le peuple malien fondait l’espoir que les sanctions allaient être levées immédiatement où progressivement. Mais à la surprise générale, les chefs d’état décident depuis la capitale Ghanéenne de maintenir les sanctions contre le Mali. D’après Abdoulaye Diop, le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale qui a pris part avec sa délégation au sommet, le non levé des sanctions contre le Mali est due à certains manquements au chronogramme dont la mise en place d’un mécanisme de suivi conjointement. En outre, la majorité des chefs d’état de la Cédéao seraient favorables à 24 mois comme délai de la transition. Se basant sur ces divers avis des chefs d’Etat qui seraient favorables au Mali quant à la durée de la transition, que deux jours après le sommet d’Accra, le président de la transition le colonel Assimi Goïta a pris un décret fixant la durée de la transition à 24 mois à compter du 26 mars 2022.Une décision que la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest regrette. Puisque d’après la Cédéao, elle est prise à un moment où les négociations se déroulent encore en vue de parvenir à un consensus. Toutes fois, la Cédéao dit prendre acte de la signature de ce décret prolongeant ainsi la période de la transition. Même s’il est vrai que la Cédéao et le Mali étaient à deux doigts de conclure un accord sur le délai de la transition et d’un chronogramme détaillé des élections, la question qui se pose aujourd’hui est, est ce que la signature du décret du 6 juin de la présidence malienne en avant sommet du 3 juillet ne risque-t-elle pas de compliquer les négociations ?

Ibrahima SACKO